DE LA VILLE DE PARIS.
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aucune chose de l'obeissance par eulx deue à leurs supperieurs, ont requis Messieurs les Prevost des Marchans et Eschevins de lad. Ville leur donner per­mission et licence de passer Iad. quantité de grains par cested. Ville pour les conduire aud. camp, sui­vant vostre edict, dont ilz auroient estez refusez et excluz, cohbien qu'il y en ayt telle quantité et abon­dance que depuis peu de jours il est diminué de valleur et pris dc plus d'ung tiers ''', et qu'il y aye en­cores au païs d'amont grande quantité chargée pour venir en vostred. Ville; ce consideré, les dessuz nommez vous supplient trés humblement, Sire, que vostre bon plaisir soyt de leur donner permission et licence de passer par vostred. ville de Paris lad. quan­tité de grains, promectant par eulx les presenter à voz commissaires et raporter certifficat, comme il les auront menez aud. lieu et présentez, et com-
mander trés expressement ausd. Prevost el Eschevins, maistres des pontz, portz, péages et passages laisser passer soubz le nom desd, supplians la siiscl. quantité de grains, librement ct sans qu'il leur soyt baillé aucun trouble, ne empeschement ou retardement, actendu que lesd, grains sont dédiez et destinez pour la fourniture et nourriture du camp ct armée du Roy allant en Normendye, où led. Seigneur faict estat de sc trouver en personne; il est ordonné que les Prevost des Marchans et Eschevins de la ville de Paris les laisseront passer et aller au long de la ri­viere, sans aucun empeschement, el que à ceste fin la presente requeste leur sera signiffiée.
«Faict au Conseil privé du Roy tenu au boys de Vinciennes, le vingt deuxiesme jour dc Juing mil
Ve LXIII. fl
Signé : de L'Aubespine.
CCC LXII. — Lettres du Roy pour cent mil escuz.
22 juin i563. (Fol. 198 v°.)
De par le Roy. "Trés chers et bien amez, vous avez peu entendre, tant par ce que nous vous escripvismes dernierement cn creance sur nostre trés cher et bien amé le Pre­vost des Marchans, que ce que nous luy donnasmes charge de vous exposer de nostre part, comme voyant que, quelque instance et sommation que nous avons peu faire à l'endroict des Angloix pour la restitution en noz mains et obeissance de nostre ville et place du Havre de Grace, suyvant la prommesse qu'en a par cydevant faicte la royne d'Angleterre'2',nous n'en pouvons avoir la raison, nous nous sommes sur cela resoluz, pour ne laisser plus longuement fermer ce pied aux Angloix sur nos limittes, d'employer au recouvrement de ceste place toutes les forces et moiens qu'il a pleu à Dieu nous mectre en la main, et comme ne se pouvant excecuter sans y emploier une bien grande force et non moindre despence pour l'entretenement d'icelle, il nous estoict trés ne­cessaire, promptement recouvrer de comptant une bonne somme de deniers, à quoy nous ne pouvons satisfaire sans estre en cela aydez et secourruz de
ceulx dc noz bons, loyaulx et affectionnez subjeetz ct serviteurs qui peuvent avoir moien de nous four­nir par prestz partye de la somme qu'il nous con­vient trouyer pour cesteffect. Ayant sur ce commendé aud. Prevost de regarder avecq vous le moyen que vous pourrez avoir de nous secourir promptement jus­ques à cent mil escuz de comptant par prestz, avecq les seurettez du rembourcement qui luy furent lors proposez, affin de prandre là dessus par vous une bonne resolution, de laquelle desirans l'effect, nous vous avons bien voullu faire derechef la presente et vous prier que, considerans le prejudice et dom-maige evident que nous apporteroict et [à] la chose publicque de nostre royaulme la plus longue re­tention de ceste place, mesmes à nostre bonne ville et citté de Paris, estant l'embouchement de la riviere de Seyne en la mer occupé de ceste place, et par ce moien le grant commerce et trafiieque qui a acous­tumé de ce faire par lad. riviere hors de nostre royaume cessé,empesché et interrompu, ne pouvans faire sortir hors icelluy les fruictz qui y croissent, ne en tirer les grands deniers qui en proviendront,
C La récolte de l'année i562 avait été mauvaise; par suite des pluies glaciales tombées au mois de juin, les blés germèrent dans les champs et se trouvèrent "gastez au temps des moissons». (Cf. Mémoires de Claude Haton, t. I, p. 33i.)
(2) Dans une lettre adressée le 17 mai à l'évêque de Rennes, Catherine dc Médicis rappelait cette promesse en ces termes : ^Pour le regard du Havre de Grace, si la Royne d'Angleterre ne nous cn veult faire restitution par doulceur, suivant la déclaration et pro­testation qu'elle en a faicte, tant par escript que par sa propre bouche, il sera force que nous nous metions en devoir d'en sercher la raison par la force». Charles IX tenait le méme langage, à la même date, dans une dépêche à M. de Foix. (Lettres de Catherine de Médicis, t. II, p. 38.)